Pourquoi tant de couples échouent-ils ?

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Pourquoi tant de couples échouent-ils ?

La vie à deux est de plus en plus idéalisée. Et de plus en plus fragile. Entre la peur de se perdre et le désir de perfection, que peut-on espérer de l’amour, du couple, et à quoi faut-il renoncer ?

Autour de nous, les couples heureux ne sont pas pléthore. Chacun rêve de vivre le grand amour. Peu semblent y parvenir.

Le culte de l’épanouissement personnel

Dans son ouvrage, Solo, no solo, quel avenir pour le couple (PUF), la psychanalyste Fabienne Kraemer examine cette nouvelle crise : « Dans une culture qui valorise l’épanouissement individuel, le statut de célibataire paraîtrait presque plus enviable. »

Aux « solos » la liberté, la possibilité de s’accomplir vraiment, sans être entravés par le carcan du mariage. Et elle s’en désole : « Les célibataires ne songent qu’à trouver l’âme soeur tout en prétendant savourer leur solitude. Les difficultés avec leurs mecs deviennent le thème principal des soirées entre copines. Les hommes fuient dans le travail ou les jeux vidéo… Peu sont celles et ceux qui assument l’importance du couple pour leur équilibre et se donnent le droit de clamer leur amour haut et fort. Comme si croire en l’amour était une preuve de naïveté. »

La peur de l’engagement

Cahin-caha, les couples se forment malgré tout mais peinent à s’affranchir du règne de la peur. Peur de faire le mauvais choix, de devoir renoncer à leur liberté. Peur, surtout, que l’amour ne dure pas. « Si bien que l’on ne cherche plus à se laisser emporter par une rencontre. On cherche plutôt à souffrir le moins possible. Et l’on ne prend plus les risques nécessaires pour vivre de belles histoires. » 

Pourquoi le couple est-il devenu une affaire si compliquée ? Est-ce parce que nous en attendons trop ? « Je ne pense pas, rétorque la psychanalyste. Je suis même convaincue que l’on n’est pas assez ambitieux en ce domaine. En revanche, on attend trop de l’autre et pas assez de soi-même. On se met en quête de la bonne personne pour soi, sans chercher à être la bonne personne pour l’autre. » Nous attendrions de lui qu’il nous rassure, qu’il soit un remède à tous nos maux en se montrant à la hauteur du fantasme que nous avons de lui.

« Mais l’amour se niche dans l’altérité, affirme-t-elle. Dans ce qui, chez l’autre, diffère radicalement de nous et demeure mystérieux. En cela, les couples mixtes partent avec un avantage : l’autre a cette aura d’étranger dont il faut découvrir les goûts, la langue, la manière de penser. Il faudrait ne jamais perdre cette curiosité mutuelle. »

La routine, un échec ?

Notre époque ne nous aide pas à consacrer au couple le temps et l’énergie dont il a besoin. « La pression du travail inverse l’ordre des priorités : la carrière avant l’amour, constate Fabienne Kraemer. Arrivées à la trentaine, les femmes choisissent alors un partenaire dans l’urgence, avant qu’il ne soit trop tard pour enfanter, et tant pis si la relation n’est pas satisfaisante. » Face à un avenir incertain, le « court-termisme » pèse sur les couples. « Ils ne se projettent plus à dix ans, à vingt ans, poursuit-elle. Cette absence de vision commune les prive des ressources qui leur permettraient de traverser les turbulences. »

S’ajoute à cela le besoin d’intensité, nourri par les sollicitations permanentes de la consommation et des écrans, qui pousse à assimiler l’inévitable routine du quotidien à un échec de la vie à deux. « Or les moments d’ennui sont précieux, assure la psychanalyste. Ils permettent aux partenaires de renouveler leur créativité. Mais lorsqu’ils surviennent on est plus souvent dans la fuite en avant : chacun de son côté, on cherche à se divertir ailleurs. » Enfin, remarque-t-elle, les couples d’aujourd’hui accordent plus d’importance à leur rôle de parents qu’autrefois. Et ne s’autorisent plus suffisamment à prendre du temps pour eux. Le résultat est statistique : le pic des séparations survient après la naissance du deuxième enfant…

Le couple, lieu d’un bonheur à nul autre pareil

 Idées clés

Dans une culture qui valorise l’épanouissement individuel, le couple vacille.

Nous sommes tellement convaincus que l’amour ne peut pas durer que nous ne prenons plus les risques nécessaires.

Au lieu d’attendre trop de l’autre, essayons d’avoir plus d’ambition pour le couple que nous formons.

Si le couple est menacé, il demeure, pour la psychanalyste, le lieu d’un bonheur à nul autre pareil. À condition de savoir à quoi s’en tenir : « L’état amoureux des débuts est sans doute le plus excitant, mais, parce qu’il ne dure pas, il nous plonge dans le tourment. Changer de partenaire dès que cet état se dissipe, c’est se condamner à ne goûter que l’entrée, sans jamais savourer le plat de résistance : celui de l’amour plus profond qui s’installe avec le temps, quand on parvient à aimer l’autre pour ce qu’il est. Cet amour-là nous apaise. Il nous fait atteindre la félicité de vivre avec son meilleur ami, la confiance d’avoir à ses côtés quelqu’un qui nous donne la place d’être nous-mêmes. Et alors, on sent bien qu’on est plus forts et plus libres à deux. Seuls ceux qui n’ont pas goûté à ce deuxième temps de l’amour imaginent qu’il est moins savoureux que la passion initiale. »

Le secret de l’amour durable se résume, selon elle, à quatre préceptes rassemblés dans les initiales du CARE : complicité, amour, respect, engagement.

Il s’agit, pour le vivre, de sortir du fantasme de la relation idéale et de se retrousser les manches pour qu’elle le soit vraiment.

Sources Psychologie.com