Pour ceux qui ne sont pas prêts pour une thérapie, la pré-thérapie.

« laisser de côté tout ce que nous savons déjà et renoncer à nous faire une opinion »

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La Pré-thérapie. Le travail de contact dans l’Approche centrée sur la personne ACP, de Carl Rogers.

La pré-thérapie s’adresse à des personnes en grande difficulté avec lesquelles la relation est souvent difficile à établir. Psychotiques, autistes, mutiques, déficients profonds ou Alzheimer, toutes sont susceptibles de bénéficier de cette méthode thérapeutique inspirée de l’Approche centrée sur la personne (ACP) de Carl Rogers. L’objectif : établir un contact en se servant d’éléments de réalité. Si pour Rogers, l’empathie pour le « client » et l’authenticité émotionnelle du thérapeute sont les points centraux de son dispositif, comment faire lorsqu’un échange standard n’est pas possible ?

Pour ceux-là, le psychologue américain Gary Prouty a inventé dans les années 1960 la pré-thérapie. Formé à l’ACP, il intervenait à l’époque dans un atelier protégé auprès de personnes déficientes et schizophrènes. S’inspirant des travaux du psychologue et philosophe américain Eugène Gendlin, partisan de l’approche humaniste en psychothérapie, et de Fritz Perls, fondateur de la Gestalt-thérapie, Gary Prouty suggéra de passer par le concret pour entrer en contact.

Aborder ce qui est immédiatement perceptible, mettre l’accent sur l’observation et non seulement l’écoute. Il proposa différentes catégories de réflexions de contact : les réflexions faciales (« Quelque chose te fait peur. Tu cries »), les réflexions faisant référence à une situation précise (« Nous sommes dans le bus. Tu es assise à côté de moi »), les réflexions corporelles (« Ton bras est en l’air ») ou encore les réflexions qui reprennent mot à mot une phrase (« Ça tire en moi. » « Ça tire en toi. »). Ces répliques très terre à terre ont pour seul but de ramener la personne dans le réel et dans l’échange. Gary Prouty part du principe qu’en chaque personne, aussi malade ou déficiente soit-elle, il y a toujours un noyau sain qu’il faut renforcer afin de développer ce qu’elle possède de « fonctionnel ».

Pour cela, le thérapeute doit s’adapter, se mettre tout d’abord à son niveau. La pré-thérapie connut ses premiers adeptes aux USA, puis passa l’Atlantique dans les années 1980. Elle se développa en Suisse, Belgique, Angleterre, Allemagne, Italie et les Pays-Bas. Cet ouvrage est la première traduction en français d’un livre paru initialement en langue allemande en 1998. Au-delà de Gary Prouty, on y retrouve les psychologues et psychothérapeutes Marlis Pörtner (Suisse) et Dion van Werde (Belgique), deux autres ténors de la pré-thérapie. Des vignettes cliniques présentées tout au long du livre éclairent le lecteur sur son utilisation au quotidien. On y découvre, par exemple, comment désamorcer des situations de crise, comment ramener une personne délirante vers des éléments du réel, comment réagir face à des hallucinations visuelles ou auditives ou encore comment rétablir le dialogue avec une personne mutique. D’autres témoignages illustrent comment, à travers le rétablissement du contact, on peut faire ressortir des traumatismes depuis longtemps enfouis et permettre aux personnes s’étant réfugiées dans l’isolement d’en sortir. Mais pour cela, il faut savoir « laisser de côté tout ce que nous savons déjà et renoncer à nous faire une opinion », affirme Dion van Werde. « Nous ne devons pas prendre, mais être disposés à recevoir et à accueillir », écrit-il. Des études scientifiques citées par les auteurs viennent appuyer l’efficacité de la pré-thérapie. Seul souci, elles datent un peu (toutes sont antérieures à 1998) ! Reste à espérer que, malgré tout, cet ouvrage participe à faire connaître cette approche singulière en France.

G. Prouty, D. van Werde, M. Pörtner, La Pré-thérapie. Le travail de contact dans l’Approche centrée sur la personne, Chronique Sociale, 2017.