Accompagner la différence et la souffrance de l’adulte surdoué

surdoués

Différence et souffrance de l’adulte surdoué 

 Il m’est parfois arrivé de rencontrer, dans ma pratique, des personnes à la dérive, pour lesquelles je ne saisissais pas le moteur de leurs tourments. Il m’a fallu prendre conscience que leurs différences portaient sur la manière avec laquelle leur(s) intelligence(s) fonctionnai(en)t. Leur façon d’appréhender le monde, leur profonde sensibilité m’ont permis de mieux cerner leur besoin de reconnaissance : reconnaissance par eux-mêmes et leur entourage de ces différences qu’ils ignoraient parfois, mais qu’ils vivaient pourtant sans retenue.
Ces différences, qui les rendent vulnérables à leurs mouvements internes, à leurs intuitions et à leurs choix, demeurent. Elles sont même beaucoup plus difficiles à gérer, pour bon nombre de ces adultes surdoués, que pour les enfants affublés de ce qualificatif stigmatisant… Les conséquences sur la vie de ces adultes sont parfois terribles par leur inadaptation à leur entourage ou, plus généralement, à ce qu’on appelle la vie.

La question du surdon chez l’adulte peut sembler sans importance ou marginale, surtout pour le milieu psychiatrique qui est bien plus souvent habitué à s’intéresser au handicap ou au déficit. Et pourtant, le surdoué n’est pas seulement un « don », mais il est parfois aussi une source de difficultés (sociales, affectives, etc.) et de souffrance. Bien souvent, le surdoué adulte vit dans une méconnaissance de sa condition, méconnaissance qui peut être responsable de marginalisation, voire de suicide.
La somme des données rassemblées ici est importante. Cet ouvrage lève une grande partie du mystère des surdoués adultes. Il permet de mieux cerner ce qui, dans l’intelligence (les intelligences) de ces personnes, est pourtant « fragile ». La mise en perspective, l’éclairage porté sur des échanges et des situations que peuvent vivre des sujets « surdoués », permettent de mieux appréhender ce phénomène. Et les nombreux témoignages montrent avec vérité ce que l’intelligence particulière du surdoué arrive à créer.

Il reste encore beaucoup à faire sur le sujet des adultes surdoués afin de rompre avec les idées reçues, mais également afin de susciter des témoignages et des travaux. Il convient en outre de mieux appréhender les caractéristiques liées au surdon pour pouvoir apporter des réponses et une aide adaptées. Il reste probablement à « inventer » de nouvelles approches psychothérapeutiques pour les adultes surdoués.

Ce qu’il faut retenir :

Sur le plan intellectuel : Être surdoué ne signifie pas seulement être quantitativement plus intelligent, mais penser avec une complexité et des modes d’activation cérébrale qualitativement différents. Les neurosciences confirment aujourd’hui de nombreuses spécificités sur les plans structurels comme fonctionnels du cerveau et de l’architecture cognitive des surdoués. Ce sont les formes spécifiques de son intelligence qui distinguent le surdoué. La perception, l’analyse, la compréhension, la de l’environnement sont significativement différentes et se distinguent de la norme. Ce sont ces particularités qui rendent parfois difficile son adaptation à l’environnement.

Sur le plan affectif : Être surdoué c’est aussi, et peut-être surtout, présenter des particularités dans la construction psychologique. L’ingérence affective est importante, un surdoué, le plus souvent, pense d’abord avec son cœur ! Souvent d’une très grande sensibilité, d’une forte réactivité émotionnelle, d’une intelligence du cœur puissante, l’adulte surdoué se ressent en décalage.

Une lucidité acérée sur les doubles plans intellectuel et affectif rend parfois difficile l’ajustement aux exigences de l’environnement. Et peut fragiliser son rapport au monde, aux autres et à lui-même… Les processus d’identification sont rendus plus difficiles, il ne se retrouve pas dans le fonctionnement des autres et peut éprouver un réel sentiment d’étrangeté. Les difficultés peuvent aussi apparaître dans la communication, il ne parle pas le même langage ni de la même chose; enfin, les difficultés peuvent se nicher dans l’expression émotionnelle, il donne une importance exacerbée à l’affectif… Ce n’est pas la différence qui fait souffrir, mais le sentiment de différence. Le sentiment du Vilain Petit Canard du conte d’Andersen qui ne sait pas encore qu’il est un magnifique cygne …

La souffrance psychologique est-elle alors inéluctable au surdoué ?

Non bien sûr, et bien sûr que non ! Les surdoués qui vont bien sont ceux qui ont eu la chance de grandir dans un environnement affectif stable et cohérent. Qui ont été compris dans leurs singularités dès leur plus jeune âge. Qui ont rencontré sur leur parcours des personnes qui leur ont permis d’exprimer leur talent. Et qui ont su ensuite faire leur route, affranchis de toute dépendance affective et intellectuelle. Car la base de leur personnalité est alors stable et l’image qu’ils ont d’eux-mêmes confiante et solide. Comme tous les autres diriez-vous? Oui, bien sûr. Mais chez le surdoué, tout est exacerbé. Ce qui est une broutille pour les autres peut devenir un cataclysme … ou une joie intense ! Tout a du sens, de la valeur, de l’importance, un monde aux mille contrastes ! C’est l’effet loupe du surdoué ! Rien n’échappe à leur lucidité acérée sur le monde et sur eux-mêmes … Ainsi seront les faces sombres et les faces lumineuses de ces personnalités singulières.

Rencontrer un thérapeute… une démarche difficile

L’intelligence engage de nombreux questionnements, alors le doute s’invite facilement. Et en premier lieu le doute sur soi, sur sa valeur personnelle, sur la légitimité de ses questionnements ou de sa souffrance… Comment se penser surdoué ?

Se retrouver face à un psychologue/Thérapeute est souvent très difficile. La peur de se tromper, l’espoir ou la crainte du diagnostic, le sentiment d’imposture, la question de la légitimité de la démarche, la crainte du regard de l’autre, et toutes les représentations autour de ce terme de surdoué … Trouver la force de se confronter à soi-même est incroyablement courageux !

Pourquoi est-ce important de rencontrer quand les questions taraudent ?

La rencontre permet de faire le point sur la situation actuelle, sur le parcours, sur le questionnement, sur les zones éclairées et les zones plus obscures, sur les fragilités et sur les forces, les ressources … Quelle histoire de vie ? Quelles difficultés passées et/ou actuelles ? Quelles questions aujourd’hui ? Quels projets ?…

La consultation est un espace où se poser, enfin, dans un cadre bienveillant et c’est déjà beaucoup et très rassurant. Être vraiment entendu. Sans jugement. Juste ce que l’on est, ce que l’on vit, là, juste là. Une première consultation est souvent thérapeutique, car elle permet de prendre du recul et de faire le point entre le vécu, les croyances et les représentations. Elle permet d’identifier les schémas de pensée qui sont devenus trop souvent des automatismes dans lesquels la pensée est piégée. Elle permet d’éclairer différemment sa situation, d’entrouvrir des perspectives, d’analyser différemment, de faire un pas de côté, d’entrevoir le début d’un autre chemin possible.  

Faire ou ne pas faire un bilan ?

Le bilan psychologique n’est pas une étape obligatoire. Pour certain il sera nécessaire, pour d’autres vraiment indispensables pour d’autres encore il sera au contraire très peu conseillé. L’adulte surdoué à la différence de l’enfant peut avoir un long chemin de souffrance derrière lui. Des schémas de pensée et des mécanismes de défense parfois très verrouillés. Trop endurcis ou trop écorchés, ces adultes peuvent vivre le bilan psychologique comme une confrontation douloureuse à leur pensée. La souffrance psychologique peut alors fortement inhiber voire déformer les performances quantitatives ce qui peut biaiser le diagnostic. Mais lorsque le doute est trop intense et la question trop lancinante, un bilan sera proposé.

Le bilan comporte toujours une échelle d’évaluation intellectuelle (WAIS) et une épreuve de personnalité afin d’avoir une visibilité complète. Les échelles intellectuelles permettent d’explorer le mode de fonctionnement cognitif et les procédures de pensée. Le QI n’est qu’un indice qui entre dans le diagnostic global, mais ne constitue jamais le seul élément diagnostic. À l’âge adulte, seules comptent l’expression et la nature de l’intelligence, toujours intriquées avec les aspects émotifs et sensibles de la personnalité. L’anxiété face à l’évaluation reste un facteur important du bilan que l’analyse clinique permet de neutraliser.

Avec les éléments du bilan, une « carte du territoire » se dessine et permettra au praticien d’avoir un avis éclairé pour aider l’adulte dans son développement personnel et d’envisager, ensemble, de nouvelles pistes à explorer.

L’objectif : trouver un chemin plus confortable, le sien, sur lequel continuer sa route.

Quel accompagnement pour l’adulte surdoué ?

La prise en charge de l’adulte surdoué, quand il est en souffrance, peut être multiforme. Ce qui est essentiel est d’intriquer cette dimension de la personnalité à la nature des difficultés que l’adulte traverse. Un accompagnement « éclairé » est essentiel, ne pas négliger cette haute intelligence dans la compréhension des difficultés de vie au risque d’emmener son patient dans des hypothèses diagnostiques et thérapeutiques qui ne pourraient l’aider ni retrouver son plein épanouissement de vivre et de penser !

La première étape : savoir qui on est pour savoir où on va, enclenche toute la dynamique de l’accompagnement thérapeutique. « Un voile s’est déchiré, est un témoignage fréquent, se comprendre, enfin !

Mieux décoder les spécificités de son fonctionnement et prendre le temps de revisiter son passé avec ces nouvelles données sont vraiment des moments forts en compréhension de soi, de son environnement et de ses événements de vie. Ce cheminement est également l’occasion de découvrir toutes ses ressources afin d’en percevoir et d’en ressentir l’incroyable présence et la disponibilité.

L’accompagnement des adultes surdoués peut se faire en individuel, mais aussi en groupe. Un groupe est vraiment un “accélérateur de particules” avec cet enrichissement du vécu et du fonctionnement de chacun en écho au sien propre. Tous les processus d’identification peuvent se réenclencher. Se sentir intégré, pareil, en harmonie, ne plus faire un effort constant d’adaptation, quel soulagement intense ! Les pratiques de pleine conscience, méditation laïque d’entraînement à la présence (mindfulness) sont elles aussi d’une richesse inouïe pour apprendre à se poser, à apaiser mental et émotion, à se relier profondément à soi, à se révéler dans toutes les dimensions de sa personnalité. Pour une liberté intérieure enfin retrouvée. C’est aujourd’hui l’accompagnement qui montre la plus grande efficacité pour les adultes surdoués, ceux qui sont en souffrance bien sûr, mais aussi pour ceux qui vont bien ! Optimiser ses ressources, ouvrir le champ des possibles, s’apprivoiser pleinement.   

 

Sources : Cogitoz.com – Cécile Bost.

 

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